Parcours initiatique d’un modeleur en argile

Ce week-end, Ateliers Dibutade organisait un stage de modelage sous la direction de Céline Normant.

Ateliers du Bon Vivant

Nous étions un petit groupe de débutants ou quasi-débutants qui avions fait le pari de consacrer deux jours entiers à la découverte de la sculpture. Le parcours débutait par une découverte des Ateliers du Bon Vivant, un lieu empreint d’un charme très particulier, en particulier celui de redéfinir la notion de verticalité. Surprenant, mais on oublie vite une fois que l’on est dans l’action.

Céline nous a alors introduit dans cet univers incomparable qu’est le portrait avec une présentation des caractéristiques générales de la tête humaine, de ses dimensions et proportions, presque comme on le ferait dans un cours de médecine. Nous avons choisi (un peu orientés quand même) de prendre pour modèle le visage d’un des bourgeois de Calais sculptés par Auguste Rodin en 1889. Chacun connait l’histoire de Calais, assiégée pendant des mois par le roi d’Angleterre Edouard III, exigeant pour épargner la ville que six bourgeois viennent lui livrer les clés de la ville, nu-pieds, la corde au cou. Les bourgeois seront sauvés au dernier moment par les supplications de la Reine d’Angleterre…

Bourgeois de Calais

 

Nous étions donc face à un monument d’histoire et de sculpture avec ce bourgeois qui ne manque pas d'être expressif au moment de se présenter devant le roi d'Angleterre… Afin de nous encourager, Céline nous raconta la conception de l’art de Rodin telle que publiée dans L'art, entretiens réunis par Paul Gsell en 1911.

Nous avons alors entrepris la découpe de pains d’argile chamottée de diverses couleurs puis commencé à leur donner une vague forme de tête humaine. C’est le moment le plus physique de l’affaire où l’on redécouvre toute la puissance du rouleau à pâtisserie. Puis vient le moment d’enlever la matière avec mirettes et ébauchoirs puis d’en remettre avec les doigts. S'ensuit alors un long processus qui va se répéter pendant tout le stage où chacun ébauche et raffine son modelage alors que le modèle tourne de quelques degrés toutes les cinq minutes. Exercer son regard, discerner chaque inflexion dans les ombres propres du visage, suivre les lignes de crête, découvrir chaque nuance pour la retraduire dans la matière avec la main et l'outil, respecter les proportions essentielles qui permettent la ressemblance... voilà l'essence même du modelage !

Céline Normant peignant le diable

Après plusieurs heures d’itérations successives, les moments de perplexité alternant avec des bouts d'hilarité, nous avons alors entrepris de vider la tête de nos modèles pour leur permettre de supporter la cuisson dans un four* à haute température sans risque d'explosion.

C’est à l'issue de deux jours et quatorze heures de travail, dans ce qui restera un moment suspendu hors du temps, que nous avons pu repartir avec des œuvres que Rodin n’aurait pas reniées, en tout cas il nous plaisait de le croire.

Merci au bourgeois de Calais pour son flegme pendant tout le week-end. Merci à Céline de nous avoir fait toucher du doigt, et de la main, le génie de Rodin. Merci enfin à mes amis stagiaires pour l'émulation et leur enthousiasme communicatif !!

* La cuisson peut s'effectuer après un mois de séchage. Le Bon Vivant possède un four pour ceux qui le désirent.

1 thought on “Parcours initiatique d’un modeleur en argile”

  1. Merci tout plein Céline de ta patience et explications pour la réalisation de ce nouveau « pensionnaire » ! Très beau choix ! Stage très constructif tant au niveau de la manière d’aborder « une tête » au niveau de son volume et proportion mais aussi à ce qu’elle garde sa personnalité .
    Merci à Alain de sa gentillesse et d avoir tt fait pour que nous soyons au mieux dans ce lieu charmant et intime; ; objectif atteint ! , …. Une belle expérience ..à faire ou ..refaire

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